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Jean-Pierre Leloir
Considéré comme l’un des plus grands photographes des mondes du jazz, Jean-Pierre Leloir (1931-2010) a saisi les clichés de jazzmen célèbres, de Louis Armstrong à Miles Davis en passant par John Coltrane. Il montre à travers ses photos une empathie et un sens esthétique exceptionnels
qui restituent, en noir et blanc ou en couleur, toute l’intensité de leur univers artistique.

Connu à l’étranger pour avoir photographié des stars de premier plan comme Jimi Hendrix, Bob Dylan ou Otis Redding, Jean-Pierre Leloir (1931-2010) est aussi célèbre pour avoir réalisé l’une des plus fameuses photos de la scène musicale française de l’époque et qui réunissait Brel, Brassens et Léo Ferré. Pour nombre de professionnels et d’amateurs des mondes du jazz il est considéré comme une référence majeure. Dès le début des années 50, il a fréquenté les clubs de Saint-Germain-des-Prés et pendant des années, il a été l’un des rares à s’intéresser à ce monde particulier que sont les musiciens de jazz. Jean-Pierre Leloir était un passionné dans un domaine photographique tout à fait spécifique qui, en France, n’existait qu’à peine. Par son professionnalisme et son sens de l’esthétique, il saura ouvrir des voies aux générations suivantes. On peut rappeler à cet égard qu’un Guy Le Querrec sera, à ses débuts, son assistant. C’est pourtant avec une grande modestie que Jean-Pierre Leloir définissait sont travail : J’aimais les personnes que je photographiais. Je me rendais disponible et aussi discret que possible. Je n’ai jamais souhaité être un paparazzi. Je voulais qu’ils oublient ma présence afin que je puisse saisir ces petits moments inattendus. C’est précisément cette empathie avec son sujet qui lui permet de capter dans son viseur cette alliance de sérénité et d’intensité qui font l’originalité de ses photos, qu’il s’agisse des portraits de Bill Evans, de Chet Baker ou d’Ornette Coleman. Même dans les moments de décontraction, John Coltrane, Miles Davis, Stan Getz ou Cannonball Adderley ont, dans leur regard et leur attitude, une force singulière. Sans doute le sens formel de Jean-Pierre Leloir confère aux hommes et aux femmes du jazz une aura de respect qui est due aux cadrages, aux lumières et bien sûr à ces petits moments inattendus. Plusieurs photos témoignent de ce sens de la liberté du sujet, et notamment dans les scènes d’extérieur : Ella assise dans un hors-bord, Billie à Orly, Don Cherry sur son Solex vérifiant le niveau d’essence. Mais aussi dans les moments de bonne humeur et de joie franche, en compagnie de Ray Charles ou de Louis Armstrong. Parfois aussi Jean-Pierre Leloir ne se prive pas d’une note d’humour quand il joue justement avec la pose que prend un Dexter Gordon. Enfin on pourra prendre toute la mesure de ce qu’il appelait ces petits moments inattendu, du degré de précision et de concentration qu’ils pouvaient représenter pour lui et pour les artistes qu’il photographiait, à travers le témoignage précieux de Quincy Jones : En regardant, dit-il, la photographie que Jean-Pierre Leloir avait prise de Sarah Vaughan et moi, assis à même le sol de mon appartement parisien, écoutant des disques sur mon électrophone de l’époque, je me souviens de tous ces artistes et anecdotes, et même des paroles des chansons que nous écoutions ce jour-là. C’est remarquable qu’une photo ait le pouvoir de faire remonter tant de souvenirs et d’émotions. Lucien Giraudo